Vingt-trois heures cinquante. Elle est déçue. “Une semaine ne t’a pas suffi pour m’écrire une lettre d’amour ?” J’en suis trois : A-B-C.
Paris, 28 novembre 2009
Vingt-trois heures cinquante. Elle est déçue. “Une semaine ne t’a pas suffi pour m’écrire une lettre d’amour ?” J’en suis trois : A-B-C.
Paris, 28 novembre 2009
Vingt-deux heures quarante. Le temps passe et je m’efface. Je me délite. Je m’oublie. Je n’écris pas. J’ai toujours su écrire ce qu’on ne me demandait pas, mais jamais ce qu’on me demandait. J’ai pourtant une source d’inspiration intarissable : elle.
Paris, 27 novembre 2009
Vingt-et-une heures. Ma muse prend pitié de moi. Ou bien peut-être s’amuse-t-elle de me voir dans cet état. “Tu n’es pas obligé de faire ça, tu sais.” Je sais. Mais je veux le faire. J’écris lorsque je suis heureux. Et je le suis. Donc je dois écrire. Absurde. À nouveau. “Tu veux un peu d’eau ?” Oui. C’est une possibilité.
Paris, 26 novembre 2009
Vingt heures. Je suis perdu. Syndrome de la page blanche. Impossible d’aligner deux mots cohérents l’un derrière l’autre. Le thé n’a pas fait effet. Je suis toujours aussi sec. Les minutes s’égrènent. Vingt heures quinze, vingt heures trente, et toujours rien. Je regarde la nuit au dehors, je regarde la nuit en dedans, mais rien n’y fait. Comme si l’encre avait séché dans mon stylo. Ma plume s’est envolée et m’a laissé à terre. Peut-être devrais-je prendre l’air.
Paris, 25 novembre 2009
Dix-neuf heures. Dix-neuf heures et je recommence pour la dix-neuvième fois. La coïncidence me ferait sourire si je n’étais pas en état de détresse avancée. Je savais bien que je n’aurais pas dû m’engager. Maintenant je n’ai plus d’autres choix que de tenter par tous les moyens d’échapper à la spirale de l’échec dans laquelle je tourne depuis une semaine. J’essaie d’écrire un nouveau mot pour me relancer, mais je n’y parviens même plus. Finalement je pose mon stylo. Autant faire autre chose. Je vais me faire un thé, ce sera au moins un bon début.
Courbevoie, 24 novembre 2009
Dix-sept heures. Dimanche, dix-sept heures, et je n’ai toujours rien écrit. Ou plutôt si. J’ai écrit quinze versions différentes de la première phrase, huit de la deuxième, trois de la troisième et je me suis risqué une seule fois à écrire une quatrième phrase. C’était aux alentours de mon onzième essai, je crois. Être un éternel insatisfait c’est une chose, être un littérateur laborieux, c’en est une autre. Pendant les quarante-cinq dernières minutes j’ai écrit un mot. Absurde. Lorsque je ne sais pas comment entamer un texte, j’écris les mots qui me passent par la tête. Le dernier mot que j’ai écrit, c’est “absurde”. Et ça l’est, effectivement.
Puteaux, 23 novembre 2009
Je n’avais pas publié tous les jours pendant une semaine depuis celle du 7 septembre. Mais les billets dataient de la semaine précédente qui était une semaine de congés où j’avais eu beaucoup de temps pour écrire. Si je veux remonter à la dernière semaine travaillée où j’ai publié aussi régulièrement, il faut remonter à la celle du 26 janvier. J’avais beaucoup d’ambition pour cette saison 2 mais pour des raisons diverses le soufflé est rapidement retombé. Cette semaine, après la publication de “Dimanche matin”, je me suis dit que je pourrais tenter de poursuivre la série des “exquis mots glacés” pendant une semaine. Objectif atteint. J’espère que la qualité aussi est au rendez-vous. Je ne suis pas le plus à même d’en juger. Quoi qu’il en soit je vais essayer de donner plus de vie à cette fin de saison, c’est promis.
Paris, 22 novembre 2009
Samedi matin. Doucement plongé dans les limbes pacifiques portant le souvenir de mon vendredi, la cloche d’Islande qui sonne à mon oreille parvient à glisser des œillets sous mon oreiller sans me tirer de l’élégante torpeur qui embrume et embaume mes pensées encore nocturnes de rêveur solitaire. Une heure plus tard, peut-être deux, je parcours enfin de mes yeux ensommeillés les mots magiques qui apaisent les miens. Devant laisser ma vieille carcasse au repos, je délaisse les habituelles prairies de fin de semaine sur lesquelles par tradition je bute et m’use pour vagabonder en pensées avec celle qui jamais lasse me lit et qui ici me lit là, toujours étendu sur le mien. Quelques heures auparavant, elle affirmait trouver ma plume au poil, celui-là même qui avait permis à mes joues de masquer une soudaine rougeur pour laisser parler un sourire, son lointain cousin. Après avoir goûté, pour réchauffer son cœur, à ses larmes d’effroi, moi, l’homme qui pleure quand il ne faut pas, ai pu soulever une soupape de mes peurs pour dire à celle qui me plaît tant que son plaisir et le mien jouent bien le même jeu sur le même thème.
Paris, 21 novembre 2009
Vendredi matin. Je porte encore, dans ma tête et sur mes lèvres, le souvenir du doux moment passé hier. Risquant un bras hors de la couette, je me ravise rapidement et grapille quelques minutes de chaleur supplémentaire dans mon lit et dans mes rêves. Enfin debout, même chancelant les yeux mi-clos, j’entame ce dernier bout de semaine avec l’appétit d’un ogre, constant une fois de plus que j’ai décidément le bonheur vorace. Au-delà des lignes presque addictives du réseau express régional, confortablement installé dans le fauteuil de mon inspiration matinale, mon portable frissonne l’Islande et me livre les quelques mots qui suffisent à mon bonheur quotidien. Le regard circonspect de mon voisin de table me renvoit l’image de cette béatitude que je ne quitterais pas, fût-ce au prix d’une réputation d’anonyme. Les derniers pas qui me mèneront à mon siège de labeur seront, de toute évidence, claquetants.
Courbevoie, 20 novembre 2009
Jeudi matin. Les paupières lourdes mais le cœur léger, j’éteins machinalement la lune et allume le soleil. Comme chaque matin depuis quelques semaines, la transition entre mes rêves et mes pensées se fait sans heurt ni minute. Ils pointent tous vers ce cœur auquel j’ai lié le mien. Plus tard, j’agace mes compagnons de voyage en promenant mon sourire béat dans les souterrains parisiens. J’ignore ostensiblement la coutume locale qui veut que les transports matinaux soient considérés comme l’antichambre de l’enfer et me réjouis à la pensée fleurie de revoir mon ange moins d’une journée après l’avoir quitté. Ce soir nous reprenons la route. Prochain arrêt : le paradis.
Courbevoie, 19 novembre 2009
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